Paolo Virno: Le travail ne rend pas libre

En 1969, la renégociation des contrats nationaux conclut le formidable cycle de luttes qui avait traversé toutes les années 19601. Ce qui adviendra par la suite est déjà une autre histoire. Dans les années 1970, c’est la crise du fordisme qui occupera le premier plan, le dépérissement du système productif au sein duquel cette révolte des salariés avait précisément muri. Il ne s’agira plus pour les ouvriers de tirer leur puissance politique de l’organisation du travail spécifique dont ils faisaient partie, en cherchant dans chacun de ses recoins des armes pour l’insubordination, mais de marquer au plus près la « nouvelle frontière » capitaliste, de polluer au maximum les fleuves inconnus sur lesquels la grande entreprise commençait à naviguer. Soyons bien clairs: il faudra encore dix ans pour faire plier les cols-bleus de cet automne-là. Mais ce qui s’est passé après 69, toute cette extraordinaire radicalité, ne fut cependant qu’une manière de perdurer, de résister – et, dans les cas les plus intéressants, de réinvestir la force accumulée jusqu’ici dans un paysage social et productif en rapide mutation.

L’automne 69 est une acmé, et comme cela arrive souvent, l’acmé coïncide avec la fin d’un parcours. On se retrouve devant une gigantesque récapitulation des années 1960, la réplique à grande échelle de chacune des étapes de la décennie, une montée en généralité des objectifs et des expériences. 69 est une synthèse concentrée dans le temps: il offre un point de vue précieux pour repenser dans sa progression toute une séquence de conflits, pour en fixer d’un seul coup d’œil à la fois l’origine et le but, l’incertitude initiale et l’assurance de la victoire. Avec ce type d’approche, on obtient un critère d’orientation – ce qui permet tout au moins de s’épargner les énoncés les plus imbéciles à propos de la soudaine « disparité » de la classe ouvrière dans les années 1980.

On sait que la figure centrale de 69 a été l’ouvrier de la chaîne de montage – déqualifié, interchangeable, déraciné. À partir de ce moment-là, l’idée de classe ouvrière a coïncidé pleinement avec cette figure. Encore aujourd’hui, la synonymie entre les deux termes, qui s’est imposée à l’époque, vaut sans exception. On comprend dès lors pourquoi le déclin actuel de l’ouvrier à la chaîne a souvent été interprété comme le déclin de la classe ouvrière tout court* (et peu importe, alors, que ce constat s’accompagne d’euphorie ou d’effarement). Cette superposition a-t-elle du sens? C’est précisément le cycle qui a culminé en 1969 qui nous fait penser que non.

Car l’ouvrier-masse, personnage principal de cette séquence, avait eu bien des difficultés, à peine dix ans plus tôt, à se faire reconnaître comme appartenant de plein droit à la « classe ouvrière ». À la fin des années 1950, l’ouvrier non qualifié est perçu comme le ventre mou du monde du travail, son point de moindre résistance, sa frange marginale et peu fiable. Et il faut bien reconnaître que lorsque le « sans métier » fait irruption, il n’est pas joli à voir: c’est un corps étranger, sans tradition industrielle, non politisé, objet idéal de chantage. Il a généralement été embauché par l’entremise du curé de sa paroisse, se tient sous la coupe des syndicats maison, c’est souvent un « jaune »… Bref, la force de travail que nous continuons encore aujourd’hui à identifier à la « classe ouvrière », dans le sillage persistant de 69, et dont nous constatons, stupéfaits, la réduction drastique, occupait en réalité avant 1969 une position périphérique et ne pesait pas grand-chose.

Dans les analyses et dans les programmes de la gauche, la vraie classe ouvrière est longtemps restée la classe des ouvriers « professionnels », c’est-à-dire celle qui avait un certain contrôle – quand bien même il était parfois résiduel – sur le cycle productif. Celle dont la qualification se fondait encore sur un savoir-faire spécifique et sur la fière certitude de pouvoir administrer la production mieux que le patron lui-même. Ensuite, bien entendu, les choses ont changé. Au début des années 1960, à chaque échéance de conflit, les marginaux ont commencé à devenir centraux, décisifs; et à l’inverse, l’ouvrier « authentique », celui qui avait la fierté du « métier », a souvent été un frein, un fauteur de compromis. L’Automne chaud porte à son terme ce renversement conceptuel. La nouvelle force de travail, qui incarnait de la manière la plus immédiate le concept marxien de « travail abstrait » (une pure dépense d’énergie psycho-physique, mesurable par le temps), est devenue l’épicentre tellurique de la société occidentale. Son opportunisme passé et la peur qui était la sienne autrefois sont balayés par le plus fort coup de boutoir anticapitaliste de l’après-guerre.

Cet automne 1969 charrie trop de faits, de discours, de dates et d’anecdotes pour que l’on tente d’en dresser l’inventaire exhaustif, à moins de courir le risque de saturer l’attention de nos patients lecteurs. Et en réalité, dès qu’on rentre dans le détail des choses, il devient impossible d’isoler cet automne-là de l’année et demie qui l’a précédé, de cette mosaïque de luttes d’usine qui, en s’opposant le plus souvent à l’organisation syndicale, avait dissipé toute trace de ce cauchemar qu’était la paix sociale. On ne peut faire le récit de la renégociation des contrats que si l’on se concentre sur un petit nombre d’événements déterminants. On tentera au besoin, dans de rares cas, de zoomer sur un détail – pour en isoler à grands traits un aspect exemplaire. Parfois encore, on introduira un contrepoint, à partir duquel réfléchir sur aujourd’hui avec les lunettes de 1969 (et vice-versa).

En avril 1969, la FIOM, la FIM et l’UILM décident de soumettre aux assemblées ouvrières les premières ébauches de leurs plates-formes de revendications. Les trois syndicats de branche ont des orientations très différentes: c’est presque la tour de Babel. La FIM place au premier rang de ses revendications la parité statutaire entre les employés et les ouvriers, et se déclare prête à sacrifier en échange les questions du salaire et du temps de travail (elle accepte cependant le principe de l’augmentation salariale égale pour tous2). La FIOM est mitigée sur la parité employés/ouvriers, mais elle est favorable à une forte augmentation des salaires – selon un pourcentage qui varie en fonction de la qualification. Bruno Trentin, le secrétaire de la fédération, est très clair: la qualification est une conquête ouvrière, il n’est pas question pour nous d’y renoncer, l’égalitarisme c’est de la démagogie. L’UILM propose également une augmentation de salaire conséquente mais différenciée. Gino Giugni3, dans une déclaration postérieure aux événements de l’automne, synthétisera la défiance d’une large partie des syndicats vis-à-vis de l’« égalitarisme », c’est-à-dire d’une revendication typique de l’ouvrier à la chaîne, et étrangère à l’ouvrier de métier: « Cette proposition, absolument discutable du point de vue de la technique de négociation, a acquis par la suite une force indéniable en tant que “symbole” politique de participation. Tout compte fait, je crois qu’elle a fini par satisfaire jusqu’à ceux qui y voyaient, non sans raison, une concession à des égalitarismes naïfs et à des velléités de communisme chinois. »

La position des syndicats est délicate. En 1966, ils avaient signé un contrat au rabais. Au milieu de l’année 1968, des luttes autonomes avaient commencé à se développer dans presque toute l’Italie, prenant de court le personnel syndical et débordant les grandes lignes des fédérations. On sait que plus tard, les Comités de base seront présentés comme ce rude interrègne qui a régénéré le syndicalisme, mais en réalité, ce sont des structures politiques alternatives aux structures réformistes: elles ont géré des conflits, ouvert et clos des négociations, et réussi souvent à arracher d’importantes conquêtes. Par ailleurs, en ce printemps 1969, les luttes commencent à monter à la FIAT – et là-bas, les syndicats comptent pour presque rien. Ils n’ont pas droit à l’erreur: toute ligne imposée « d’en haut » risque de rester lettre morte, la consultation de masse est nécessaire. La renégociation du contrat, précisément parce qu’elle possède une dimension nationale, générale, institutionnelle, est la grande occasion de reprendre en main les rangs éparpillés du mouvement. Si les Comités de base ont le dessus en usine, il leur sera difficile de conduire un affrontement à grande échelle, qui demande de la coordination et de la centralisation. Le syndicat peut reconquérir son rôle, mais il s’agit de faire preuve de doigté.

La consultation dans les usines n’est pas indolore, bien au contraire. Elle redistribue les cartes, déplace les points de repères, change la donne. Une plate-forme de revendications finit par émerger: augmentation de salaire fixe (75 lires de l’heure pour les ouvriers, 15000 lires mensuelles pour les employés); semaine de 40 heures; parité statutaire entre ouvriers et employés; reconnaissance des « droits syndicaux », à commencer par celui, fondamental, de se réunir en assemblée pendant l’horaire de travail. Un bulletin interne de l’UILM résume bien ce qui s’est passé: il y a eu une « surenchère démagogique, qui a laissé la voie libre à la contestation de la plate-forme proposée à titre indicatif par les syndicats, avec des solutions qui ont, de fait, conduit à la juxtaposition et à la dispersion des revendications ». C’est vrai: les assemblées ouvrières ont cumulé ce qui, dans les projets des différents syndicats, représentait autant d’alternatives. L’égalitarisme, mais aussi une grosse augmentation salariale; la parité statutaire, mais aussi la réduction du temps de travail.

Les 26 et 27 juillet, à la conférence unitaire FIOM-FIM-UILM à Milan, la plate-forme de revendications est définitivement approuvée. On peaufine les tactiques, non seulement par rapport à la Confindustria4, mais aussi par rapport à la gauche révolutionnaire. « Face à la contestation, peut-on lire dans une “note pour le contrat”, et aux phénomènes de débordement ou de contournement du syndicat, il faudra, lors des négociations, fournir une réponse qui appelle selon les cas les travailleurs à discuter, à débattre, à choisir. D’autres méthodes pourraient en effet renforcer chez les travailleurs le sentiment que le syndicat n’est pas prêt à accueillir leur exigence de participation, et qu’il propose au contraire pendant les négociations des solutions bureaucratiques prises “d’en haut”. »

De son côté, Angelo Costa, le président de la Confindustria, qui vient d’essuyer un certain nombre de revers (en particulier la récente abolition des cages salariales), et qui est critiqué par de « jeunes lions » aux dents longues (Agnelli et Pirelli), continue de répéter à longueur de congrès et d’interviews: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » À chacun ses traditions: pour le vieux Costa, Arbeit macht frei.

 

Au tout début, l’Automne chaud a pour emblème un mot-clef, qui sonne aujourd’hui de manière un peu sibylline, mais qui était à l’époque très en vogue: la négociation articulée. Qu’est-ce que cela veut dire? Par-delà l’effet de jargon, cela signifie que l’idée de la lutte continue, c’est-à-dire la myriade de négociations locales – dans chaque usine, ou par catégorie – qui ont lieu entre un contrat national et un autre, est désormais sur le banc des accusés. Ces négociations sont-elles licites? Les patrons du privé, représentés par la Confindustria, répondent par la négative et font de ce point un préalable absolu: si le contrat que l’on s’apprête à redéfinir doit être suivi par d’autres revendications et de nouvelles « agitations », cela ne vaut même pas la peine de commencer à discuter.

Ce point est fondamental. Les contrats nationaux ont la formidable fonction de circonscrire les conflits sociaux en les périodisant. Une fois tous les trois ans, on fait grève (l’entreprise prévoyante peut accumuler des réserves importantes pour faire face à la chute de la production), mais après ça suffit – jusqu’à la prochaine échéance prévue. La Confindustria exige des garanties en la matière. Et on la comprend: pendant l’année qui vient de s’écouler, il y a eu davantage d’heures de grève que pendant la totalité des luttes sur les contrats de 1966. Chaque entreprise a dû céder sur la rémunération, sur les pauses, sur le ralentissement des cadences, sur les passages d’un échelon de qualification à un autre, sur la révision des primes de productivité. On a pris de l’avance sur le contrat, et de cette manière, il a été largement vidé de sa fonction de grand rituel de la politique économique. Mais il y a pire encore: on n’a plus la moindre certitude quant au contrôle que le syndicat est en mesure d’exercer sur les luttes des travailleurs. Les chefs d’entreprise font peu confiance aux ouvriers pour respecter les contrats: l’expérience récente les rend sceptiques. Ce qui a été se répétera un jour ou l’autre: les ouvriers semblent avoir l’intention de lutter aussi contre la périodisation des luttes. Les patrons veulent donc savoir si les syndicats sont disposés ou non à cautionner la conflictualité « sauvage ». À la table des négociations, une question flotte dans l’air: qui doit s’occuper de l’autonomie et de la spontanéité ouvrières? Seulement le patronat – ou aussi le syndicat?

Le 8 septembre, les négociations avec la Confindustria sont rompues. La première grève nationale de l’industrie privée est fixée au 11 septembre. Le 10 septembre, les syndicats rencontrent l’Intersind (l’industrie publique de la métallurgie), qui semble avoir adopté un comportement résolument plus soft: pas de préalable sur la « négociation articulée », et une disponibilité à entrer immédiatement dans le détail de la plate-forme de négociation. Ce n’est pas que Glisenti, son président, ou les autres représentants des entreprises d’État, voient les choses différemment de leurs collègues du privé, mais la politique du gouvernement de centre-gauche, et en particulier la position du ministre du travail, Donat Cattin5, pèse sur leurs épaules. Le gouvernement cherche à arrondir au maximum les angles du conflit en cours, et surtout à éviter que les syndicats ne se retrouvent dos au mur. Il faut offrir aux syndicats, qui sont dans une position délicate dans les usines, une solution raisonnable afin qu’ils puissent retrouver leur prestige, leur représentativité et leur autorité. Mais la rencontre avec l’Intersind, elle non plus, n’aboutit à rien: les syndicats appellent à 24 heures de grève dans l’industrie le 16 septembre.

Angelo Costa, le président de la Confindustria, répète: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » Arbeit macht frei.

 

Ce que montrent les prémices matérielles de l’Automne chaud, c’est que la « guérilla d’usine », c’est-à-dire la lutte qui déborde toutes les programmations syndicales, en est le centre névralgique. Tout commence peu après la rentrée des vacances, le 3 septembre. C’est Agnelli qui donne le coup d’envoi, noblesse oblige*.

FIAT a déjà beaucoup enduré au printemps: deux mois de luttes spontanées qui ont gagné progressivement la totalité du cycle productif, depuis sa périphérie (les Auxiliaires) jusqu’à son cœur (les Carrosseries). Le mythe technologique de Mirafiori s’est fissuré. L’usine, pensée pour éliminer les coûts de stockage et permettre la production en flux continu, a remarquablement fonctionné pendant trente ans, mais elle laisse désormais apparaître le revers « à risque » de sa médaille, c’est-à-dire son visage ouvrier. La continuité du cycle productif se retourne en continuité des luttes. L’interdépendance optimisée des étapes de la production induit la propagation des grèves. Des revendications salariales et statutaires peu convenables (100 lires de l’heure d’augmentation pour tous, la seconde catégorie pour tous) commencent à se généraliser, tout comme les formes de luttes parfois un peu frustes: assiéger les salariés « jaunes » retranchés dans l’immeuble de la direction ou déclencher des cortèges internes. Par ailleurs, le 3 juillet, une manifestation organisée par « l’assemblée ouvriers-étudiants » pour relier les luttes d’usines au mouvement d’autoréduction des loyers dans le quartier de Nichelino a donné lieu jusqu’à la nuit tombée à de violents affrontements avec la police6. Et cette fois-ci, sur le corso Traiano, les ouvriers n’ont pas été les vaincus7.

Dans ces circonstances, la reprise des grèves après les vacances est tout simplement intolérable pour la direction. Le 1er septembre, dès leur arrivée à l’usine, les ouvriers de l’atelier 32 (un groupe tout sauf homogène: soudeurs, ouvriers des Presses, ouvriers chargés de la finition des disques et embrayages, ouvriers des fours de brasage) cessent le travail. Réunis en assemblée, ils demandent l’application de l’accord de juin sur les passages de catégorie. On n’élit pas de délégués et les membres de la Commission interne sont vivement contestés. La grève dure entre 4 et 6 heures. Le lendemain, le 2 septembre, 7 400 ouvriers sont mis à pied au prétexte que la grève de l’atelier 32 a interrompu le réassort des pièces destinées à l’atelier de montage des moteurs. Une remarque en marge: dès que la nouvelle des suspensions se répand, les syndicats appellent à une interruption du travail de deux heures – ­interruption qui cependant n’est pas suivie. Cet échec semble incompréhensible, étant donné la combativité des jours précédents. Et pourtant, il est symptomatique: les gestes purement symboliques, les protestations génériques, et plus largement tout ce qui ne semble pas susceptible de causer un dommage réel aux patrons, n’ont pas la faveur des ouvriers. Pas de Pelizza da Volpedo qui tienne, avec son Quart-État8 qui s’avance en rangs serrés, mais une attention très pragmatique à l’efficacité réelle des actions. Par ailleurs, les ouvriers sont très peu tentés par la perspective d’un « affrontement ouvert », dont les échéances seraient en réalité fixées par les patrons.

Le 3 septembre, on compte 20000 suspendus, puis 30000, et enfin presque 40000. Le 4, la grève de l’atelier 32 continue, mais le travail reprend le 5. Et les suspensions sont immédiatement annulées. La FIAT a voulu montrer que désormais, toute lutte partielle se heurtera à une riposte à grande échelle, que la micro-conflictualité sera débusquée et contrainte à se battre sur un terrain qui n’est pas le sien. Par cette « provocation », Agnelli anticipe à son tour l’ouverture des négociations contractuelles. Ce n’est donc pas un hasard si, comme on l’a dit, le premier écueil qui se présente est le préalable de la « négociation articulée »: des épisodes comme ceux de la lutte de l’atelier 32 ne doivent pas se répéter, ou pour le moins, ils doivent être désavoués par les syndicats.

À l’époque, les usines FIAT et Pirelli forment un axe solide: ce sont ces deux colosses qui « fixent la ligne » et servent d’exemple à l’ensemble du patronat. Le 2 septembre, à l’usine Pirelli-Bicocca, une grève de 24 heures est déclenchée pour la prime de production et les droits syndicaux (en particulier la reconnaissance des délégués d’atelier). La réponse de l’entreprise est la même qu’à Turin: le 24 septembre, fermeture partielle de l’usine et suspension de 12000 ouvriers pour une durée indéterminée. Mais les choses ne se passent pas bien: la réaction des ouvriers est très dure, et on en arrive au blocage total du site. La mesure est alors révoquée.

Angelo Costa continue ses admonestations: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » C’est clair non? Arbeit macht frei.

 

Les luttes se propagent rapidement, et font tache d’huile. Et pas seulement parmi les ouvriers de la métallurgie. Les 12 et 13 septembre, grève dans le secteur du bâtiment. Le 16, c’est au tour de la chimie: 48 heures d’interruption du travail pour protester contre « l’antijeu » pratiqué par le patronat, qui se sert de prétextes variés pour retarder les négociations. Un mois plus tard, à la mi-octobre, d’autres catégories entreront dans la lutte, dans les secteurs des hôpitaux, des chemins de fers, des poste-et-télécommunications, des administrations locales, de la main-d’œuvre agricole.

Cette simultanéité ne se traduit pas automatiquement par une unification. Les avant-gardes d’usine tentent de faire coïncider les jours de grève dans les différents secteurs, mais ils n’y parviennent pas toujours. Les syndicats de branche établissent chacun leur calendrier de lutte au nom d’une autonomie qu’ils défendent jalousement. De ce point de vue, ce qui se passe à Porto Marghera est édifiant: la Petrolchimica9 et Chatillon ont un portail d’entrée commun, et la Commission interne de Chatillon n’a pas hésité à mettre en place à plusieurs reprises un « contre-piquet » afin d’éviter la généralisation « inopportune » de la lutte. Mais quoi qu’il en soit, la simultanéité des échéances de négociations et l’adhésion massive aux grèves changent la physionomie de la ville. Elles en font un lieu plus humain et plus civilisé.

À partir de septembre, une autre question d’apparence sibylline se pose avec insistance, et elle est décisive: quelles formes de luttes faut-il adopter? Il serait erroné de considérer rétrospectivement cette question comme regardant strictement l’aspect « technique du conflit ». L’alternative entre une interruption articulée pendant l’horaire de travail et une grève « en fin de service10 » relève d’un choix politique. Dans le premier cas, le dommage infligé au patron est maximal, puisque les secteurs en amont de celui qui cesse de travailler sont eux aussi bloqués, sans pour cela que les ouvriers qui y travaillent perdent leur salaire. Dans le second cas, l’efficacité de la grève est moindre, et comme les ouvriers qui rentrent chez eux se dispersent, il est plus difficile de discuter en assemblée, ou de se débarrasser des jaunes.

Un autre exemple, qui concerne les usines chimiques: pour maintenir en état de fonctionnement les équipements à cycle continu, l’entreprise demande qu’on laisse entrer un certain nombre d’« indispensables ». En général, on les laisse entrer; mais parfois non, comme c’est souvent le cas dans l’incorrigible Petrolchimica de Marghera. Là encore il s’agit d’un choix politique – sans doute plus politique que ceux qui divisent les partis de gauche. D’un côté, réapparaît l’idée d’une classe ouvrière toujours prête à prendre en charge les problèmes objectifs du « développement économique »; de l’autre, un sujet s’affirme qui se moque bien des héritiers d’Agrippa Menenius11 et des fables sur l’« intérêt général », et qui sans s’embarrasser vise plutôt l’intérêt partisan. Souvent, il faut savoir déceler dans un détail – le choix des modalités d’une grève – toute une dimension politique générale.

La question des formes de lutte, qui se pose tout au long de l’automne, est peut-être même plus importante que les discussions sur les objectifs. Parce qu’en définissant la manière dont se déploie le conflit, on définit en réalité un rapport de force durable, qui sera encore valable « plus tard », quand les projecteurs se seront éteints. Parce que ce qui est à l’œuvre dans la question de « quand » et « comment » interrompre le travail, ce sont des conceptions différentes, voire opposées, de l’organisation ouvrière que l’on veut construire. Considérons de nouveau la « lutte articulée », atelier par atelier, équipe par équipe. Elle touche le quotidien de l’exploitation, son noyau dur: les rythmes, les pauses, l’attitude du petit chef ou du mesureur de cadences. Elle est décidée par tous, heure par heure, sans délégation. Elle est le terrain privilégié de l’autonomie ouvrière, avec un petit « a ». À l’inverse, la grève de 24 heures ressemble vraiment beaucoup à un coup isolé, et elle dépend encore largement des centrales syndicales.

Qu’on ne s’y trompe pas: ces considérations sur la lutte articulée ont une valeur relative, changeante selon les périodes. C’est ce qui se passe en philosophie quand on cherche à dire quelque chose du scepticisme: à certaines époques, le sceptique exprime une critique impitoyable de l’ordre institué; à d’autres, il semble se laisser aller à la résignation. C’est la même chose pour les formes de lutte. Au début des années 1960, « l’articulation » avait souvent été un choix défensif, dicté par la prudence; au contraire, pendant l’Automne chaud, elle est un choix subversif. Il faut préciser toutefois que dans ce contexte spécifique, la lutte générale (grèves régionales ou nationales, ou par branches) et la lutte articulée se sont souvent confondues et renforcées réciproquement. À cela s’ajoute qu’en 1969, pour la première fois, on abandonne l’habitude sordide qui consiste à interrompre la grève pendant qu’on négocie: cette fois, quand les dirigeants syndicaux vont à Rome, les chaînes de montage se couvrent de poussière.

Le 25 septembre a lieu à Turin une manifestation régionale contre la politique de la FIAT. Et à la FIAT, précisément, la proportion de grévistes atteint un record absolu: 98%. Mais seuls quelques ouvriers se rendent à la manifestation sur la piazza San Carlo. Cet écart entre la cessation du travail et la participation aux cortèges et aux meetings restera une constante dans le comportement des ouvriers de Mirafiori. Dans les rizières des Presses ou dans la jungle de l’atelier peinture, la prédilection pour une guérilla « à la vietnamienne », enracinée dans le territoire que l’on reconnaît comme sien, est très nette. Et dans le même ordre d’idées: le 6 octobre, une série d’interruptions spontanées à l’atelier 54 de Mirafiori donne un coup de semonce au syndicat, encore indécis sur les modalités de la lutte. À partir de là, les grèves s’articuleront par groupes d’ateliers, avec des interruptions pendant l’horaire de travail. Plus tard, le 28 octobre, se produit un épisode qui devient immédiatement symbolique: le bruit court qu’à Mirafiori, la FIAT, toujours extrêmement sensible aux coups de griffe du « chat sauvage », a l’intention de ne pas payer les heures de travail rendues improductives par les grèves des autres ateliers. C’est la première fois que l’on ose menacer les ouvriers d’une mesure de ce genre. Les ouvriers sont exaspérés. Le 20 octobre, au cours d’un cortège interne, quelques boulons volent, quelques voitures sont rayées, quelques chaînes de montage sont endommagées. Le jour suivant, La Stampa12 titre: Graves violences pendant les grèves articulées – À Mirafiori et à Rivalta, les ateliers Phares et les Carrosserie dévastés – Cent voitures renversées et détruites à coup de barres de fer – Dégâts sur les chaînes de montage des FIAT 600 et 850. Le 31 octobre, la FIAT porte plainte contre 70 ouvriers pour « dégradation des équipements ». Les jours suivants, 52 autres plaintes s’y ajoutent, et surtout 85 ouvriers considérés comme les responsables des faits les plus graves sont frappés d’une mesure de suspension à durée indéterminée. Le syndicat organise le « Procès de la FIAT », qui se tiendra au Palais des sports de Turin le 18 novembre.

Le 15 octobre, grève générale contre la vie chère et le prix des loyers. Le 16, grande manifestation à Naples des ouvriers du Centre-Sud de l’Italie. Toujours à la mi-octobre, grève générale à Palerme, à Matera, à Terni.

Entre-temps, une voix solitaire encore une fois s’élève: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » Arbeit macht frei.

 

En octobre, des dizaines d’entreprises privées demandent au syndicat de signer un « contrat d’acompte ». De quoi s’agit-il? De nombreux capitalistes de petit et moyen gabarit, épouvantés par la chute de la production et mis sous pression par les engagements qu’ils ont pris à l’étranger, ne se sentent pas capables de tenir plus longtemps la ligne dure de la Confindustria. Ils aimeraient donc cesser les hostilités et accorder immédiatement un acompte sur le futur Contrat national. Autant dire: paix sociale et production über alles. Le syndicat repousse l’offre sans hésiter, même si les grèves commencent à peser lourdement sur les fins de mois. Il est évident que la signature des « contrats d’acompte » dans une myriade d’entreprises se traduirait par l’affaiblissement radical de tous les autres ouvriers.

Jetons à présent un coup d’œil au Ministère du travail, où l’« infatigable » Donat Cattin est en train de se construire une petite épopée personnelle, faite de réunions marathons avec les « parties » à la table des négociations. Le 10 octobre, le ministre envoie une lettre aux syndicats et aux organisations patronales, les engageant à la reprise des négociations interrompues depuis septembre. L’Intersind accepte immédiatement l’invitation, la Confindustria tergiverse. La rencontre a lieu le 15 octobre. Les patrons du privé retirent leur fameuse clause sur la « négociation articulée », mais demandent cependant que la question figure à l’ordre du jour des négociations. Par ailleurs, ils avancent leurs premières contre-propositions: 10% d’augmentation de salaire, 2 heures de réduction du temps de travail hebdomadaire, et une disponibilité globale à considérer la question de la parité statutaire.

« Dérisoires »: tel est le jugement sans appel des syndicats sur les augmentations offertes par la Confindustria. Ils s’opposent par ailleurs à la limitation, sous quelque forme que ce soit, de la « négociation articulée » – ce qui signifierait « modifier qualitativement la pratique de négociation existante, qui s’est soldée par l’expérience revendicative de 1968-1969 ». Malgré ce résultat négatif, une porte demeure entr’ouverte. Essentiellement en raison de l’insistance de l’UIL, on fixe un prochain rendez-vous, le 23 octobre. Mais là encore, tout s’achève en inutiles débats méthodologiques. La rencontre avec les patrons des entreprises publiques de l’Intersind ne donne rien de mieux. Donat Cattin continue à miser sur les entreprises publiques comme courroie possible entre les syndicats et la Confindustria; mais pour le moment il doit se résigner, la situation est bloquée.

Face à l’impasse qui s’est créée au Ministère, les syndicats de la métallurgie – FIOM, FIM, UILM – décident l’extension de la lutte articulée, la convocation d’assemblées dans toutes les usines, et l’organisation d’une grande manifestation nationale à Rome le 28 novembre. Pendant ce temps, le 8 novembre, le Contrat des travailleurs du bâtiment est signé, avec des avancées tout sauf extraordinaires: une augmentation de 13% des minima salariaux, la réduction progressive du temps de travail hebdomadaire à 40 heures, le droit d’assemblée. Ce premier accord fait pourtant souffler un vent d’optimisme sur les négociations des métallos: le 10, les syndicats et l’Intersind se rencontrent dans une atmosphère du genre « personne ne sortira de cette pièce tant qu’on ne sera pas arrivés à un accord ». Non-stop: des réunions plénières, des consultations d’experts, des rencontres séparées de chacune des parties avec le Ministre – bref, un peu de tout. Donat Cattin loue « l’autodiscipline des syndicats », mais semble préoccupé: une prolongation du conflit relèverait d’« un aventurisme dangereux pour l’ordre public ». En somme: Messieurs, il est temps de conclure.

Le 12 novembre, Donat Cattin présente une ébauche de médiation, dont la mesure phare consiste à exclure la fameuse « négociation articulée » des prémisses de l’accord. Pour les syndicats, c’est une bonne base de départ. Au nom de la Confindustria, Angelo Costa écrit au Ministre pour dire sa perplexité et conclut avec un sursaut d’orgueil: « […] nous tenons à redire qu’en aucun cas nous n’accorderons une valeur de droit à des pratiques acquises ou susceptibles de le devenir, qui entreraient en contradiction ouverte avec des accords par ailleurs librement approuvés par les parties. » Bien entendu, entre les lignes, on entend son mantra préféré: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » Comme on le sait, le travail rend libre. Arbeit macht frei.

 

L’Automne chaud est le grand moment de la gauche syndicale. Coller au mouvement réel, tel est son mot d’ordre. Il s’agit de suivre pas à pas le développement de la conflictualité, l’élaboration des objectifs, la tendance vers des formes de lutte plus radicales, mais en ramenant tout cela à la structure du syndicat, à sa figure institutionnelle de représentant de la force de travail. Ce n’est qu’ainsi, en s’appuyant sur ce vaste réseau capillaire que les nouvelles luttes sont en train de tisser dans les usines, que le syndicat peut peser sur l’action du gouvernement et commencer à compter dans la programmation du développement économique. Les différentes fédérations de travailleurs de la métallurgie, souvent en bisbille déclarée ou latente avec leurs confédérations respectives, empruntent cette voie d’un pas décidé.

La tradition réformiste est à présent au mieux de sa forme: loin d’imiter les gouvernants qui, à Berlin-Est en 1953, face à une révolte ouvrière, avaient semblé enclins à « se choisir, indignés, un autre peuple » – pour reprendre les mots de Brecht13 –, la gauche syndicale de 1969 accepte sans réserve son « peuple » tel qu’il est réellement, se plie à nombre de ses exigences et tente de le remettre sur le chemin d’une politique réformiste et de négociation. Cette extraordinaire perméabilité a représenté en Italie un cas presque unique. Toutes les autres institutions, face à l’agitation sociale, se sont repliées sur elles-mêmes – bloquées dans un délire qui les a fait ressembler énormément à cet État-machine qu’avait décrit Lénine14. Au contraire, les fractions avancées du syndicat se sont courageusement laissées transformer, et parfois même bouleverser, par cette « nouveauté » qui avait surgi. Soyons clairs, une telle souplesse répondait à une urgence prioritaire: ne pas perdre le contrôle du mouvement, battre en brèche les avant-gardes révolutionnaires. L’automne est aussi l’occasion d’une opération assez avancée de « récupération » (pour utiliser les termes de l’époque) de la poussée subversive, essentiellement ouvrière, de 1968-1969. Mais, comme toutes les récupérations réformistes, celle-ci ne réussit qu’à moitié, ou tout au moins elle demeure ambivalente: le syndicat retrouve certes de la force et de la représentativité, mais dans la mesure seulement où il accepte en son sein, ou dans ses proches entours, des hommes et des luttes empreints d’une radicalité persistante et difficilement contrôlable.

Comme on sait, c’est à l’automne que naissent les « Conseils des délégués »: des délégués d’équipe ou d’atelier, éligibles même s’ils ne possèdent pas de carte syndicale. À dire vrai, les premiers délégués étaient apparus à Mirafiori lors des luttes autonomes du printemps, mais il s’agissait encore de figures hybrides, au profil incertain. Et il est vrai aussi que la majorité des conseils ne se sont formés que courant 1970. Il n’en reste pas moins que la décision syndicale de créer ces organismes intervient précisément au moment de la renégociation des contrats: le 13 septembre, le Conseil des délégués FIAT se réunit pour la première fois. À sa création, les seuls délégués réellement élus sont ceux des chaînes de montage, c’est-à-dire là où dans l’usine les luttes ont été les plus intenses. Peu à peu, d’autres les rejoignent, élus par les assemblées ou choisis par les membres de la Commission interne. Les premières réunions du Conseil FIAT offrent le spectacle d’un désordre admirable: de nombreux ouvriers y participent à titre personnel, mais on y trouve aussi des hommes du syndicat, des membres de la Commission interne, des ouvriers qui ont adhéré aux « groupes » extraparlementaires, et quelques étudiants. La présence varie d’une réunion à une autre, les délégués sont souvent « intermittents ». Ce tâtonnement initial est cependant le signe d’une grande richesse. Il suffit de comparer ces débuts du Conseil avec la situation déprimante dans laquelle se trouve le PCI à la FIAT: 250 adhérents à Mirafiori, 200 aux Ferriere, 150 à Stura. Presque un club privé.

À Porto Marghera aussi, on enregistre les premiers signes de la nouvelle stratégie des syndicats: une radicalisation rapide à gauche, et une intégration dans le discours syndical de la plupart des revendications ouvrières. Et pourtant, c’est aussi à Marghera que l’on peut voir le plus clairement l’autre face de la médaille: il s’agit de chasser les avant-gardes autonomes. Arrêtons-nous y un instant. En août, le syndicat avait exclu plusieurs membres du Comité ouvrier et dissous la Commission interne de la Petrolchimica où, sur 7 sièges de la CGIL, 5 étaient occupés par des membres du Comité. Mais la manœuvre ne donne pas les résultats escomptés: les élections sont un désastre pour les syndicats, la CGIL perd plus de 1000 voix. Peu de temps après, en septembre, le Comité ouvrier propose d’anticiper la grève prévue à la Petrolchimica pour la faire coïncider avec le début des négociations dans la métallurgie. Mais lors d’une assemblée improvisée, le syndicat exhorte les ouvriers à ne pas participer à cette « grève anarchoïde ». La dissuasion, assortie de l’agression assez peu délicate de quelques figures de proue du Comité, est un réel succès. Des épisodes de ce genre, il y en aura beaucoup, surtout dans les grandes usines. Ce n’est pas très étonnant: le syndicat, alors même qu’il s’ouvre au mouvement – et sans doute précisément pour cela –, s’engage dans une bataille pour l’hégémonie où tous les coups sont permis.

Ces luttes intestines pour imposer tel ou tel projet d’organisation, ne concernent bien entendu pas ceux qui continuent à répéter, monotones: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » Arbeit macht frei.

 

Novembre est le mois le plus furieux. En tout cas en l’an de grâce 1969. Les luttes sur les contrats atteignent leur pleine puissance, débordant souvent les digues qui ont été dressées ici et là. Les ouvriers des usines sont obligés de se confronter avec les « choses ultimes15 » du conflit de classes moderne: l’État, la question du pouvoir politique. Une certaine « illégalité de masse », ressentie cependant comme tout à fait légitime, se heurte au « monopole étatique de la violence », c’est-à-dire à la répression. Dans les ateliers, émerge la figure d’un État capitaliste sinistre et haï. Du même coup, l’exigence de « socialiser la lutte », selon la formule de l’époque, se fait jour: il s’agit de l’étendre aux quartiers, aux chômeurs, aux étudiants. « Sortir de l’usine », ce n’est plus une diversion un peu grossière pour contrer l’intraitable engagement subversif dans les ateliers, mais le prolongement cohérent de cet engagement.

Cette conjoncture de l’automne donne donc à voir un tableau paradigmatique, un peu comme Mai 1968 en France, la Commune de Paris en 1871, ou 1905 en Russie – bref, comme dans toutes les situations où une certaine « composition de classe », de la pointe vive de son énergie subversive, a frôlé les rivages du pouvoir. De ce point de vue, 69 nous lègue une question qui demeure intacte, incontournable, et qui se repose sans cesse. Quelle forme prend la révolution anticapitaliste dans les pays développés au faîte d’une longue offensive ouvrière? Pas la prise du Palais d’hiver, d’accord. Et pas non plus un changement de la majorité parlementaire, cela va de soi. Alors?

Rétrospectivement, on pourrait faire cette première réponse: en 1969, la petite phrase de Lénine: « hier il était trop tôt, mais demain il sera trop tard », possède encore à sa manière une certaine valeur métaphorique. Même dans les sociétés les plus complexes et les plus articulées, on trouve l’exigence d’un rythme révolutionnaire: ce n’est bien entendu pas une question de jours et de mois, il s’agit seulement de profiter du moment où la classe ouvrière – dans le cas qui nous occupe, cette classe ouvrière qui a grandi dans et contre l’organisation fordiste du travail – n’a pas été encore abîmée ou désagrégée par la restructuration, c’est-à-dire par la transformation profonde de la base productive. Mais c’est là une observation banale et partielle, et qui est encore prise dans les rets de la tradition socialiste. En 1969, si l’on y regarde de près, c’est précisément un renversement radical de cette tradition qui commence à se dessiner. Parce que la question pertinente est peut-être bien davantage: à la différence de la lutte contre l’indigence et le chômage, la lutte contre le travail salarié est-elle encore liée au modèle aulique de la « révolution politique », à la perspective emphatique de la « prise de pouvoir »? Ou bien, justement parce qu’elle présente des caractéristiques très avancées, s’agit-il d’une révolution intégralement sociale, qui se confronte bien sûr de très près avec le pouvoir, mais sans jamais rêver d’une organisation alternative de l’État, et qui cherche bien plutôt à réduire, à faire disparaître toute forme de commandement sur l’activité des femmes et des hommes? Ce sont là sans doute des questions fumeuses. Mais quand bien même ce serait le cas, elles le seraient toujours moins que les projets réformistes sur la « nouvelle manière de faire les voitures16 », ou plus récemment encore, les clinquantes théories sur « les droits de citoyenneté ». La question du pouvoir, esquissée en 1969 par le mouvement, demeure, en attente de pensées efficaces et de réponses non conformistes. Il n’en reste pas moins que la dernière « base empirique » de la réflexion sur la révolution en Occident a été l’Automne chaud – et certainement pas l’année 1976, mémorable pour ses résultats ­électoraux17.

Nous disions qu’en novembre, la « socialisation des luttes » – horrible expression pour désigner une chose si belle – devient une nécessité vitale. Des initiatives encore inconcevables quelques semaines plus tôt, se multiplient: les ouvriers se battent dans leurs quartiers pour obtenir le report du paiement des services publics de première nécessité (loyers, électricité, gaz, transports) à trois mois après la signature du contrat. Si ce renvoi n’est pas obtenu, très souvent, on ne paie pas – un point c’est tout. La volonté de « sortir de l’usine », dont nous avons déjà parlé, ne se réduit pas à des promenades en centre-ville avec banderoles et clochettes. Il y a de la dureté dans ces manifestations, de la hargne aussi. À Milan, un impressionnant cortège de 100000 ouvriers se masse devant la « maison des patrons », l’Assolombarda18; à Turin, le Salon de l’automobile, vitrine de la ville, est assiégé par des milliers de grévistes.

Le 19 novembre, les confédérations ont appelé à une grève nationale pour le droit au logement. Pour une fois, la mobilisation générale est loin d’être rituelle. L’abstention du travail est à son maximum: les villes sont paralysées, il y a des cortèges partout, la tension est énorme. À Milan, alors que Bruno Storti, le secrétaire de la CISL, achève de tenir un meeting au Théâtre Lyrique, en plein centre-ville, à l’extérieur, sur la via Larga, les camionnettes de la police chargent un rassemblement d’ouvriers et d’étudiants. Les affrontements sont brefs et extrêmement violents. L’agent de police Antonio Annarumma perd la vie. La réaction des institutions est à la fois hideuse et stupide: on accuse les luttes d’usine, le « grand désordre » qui serait en train de corrompre le sol de la patrie. Les télégrammes que le Président de la République Giuseppe Saragat19 envoie par rafales débordent de haine de classe: ils parlent encore et encore d’« effroyables assassins ». Au sein du mouvement, même si on ne l’exprime pas ouvertement, on ressent douloureusement la mort d’Annarumma, prolétaire méridional contraint à l’émigration comme des millions de ses semblables, et qui a sans doute échoué dans un bataillon de la police – plutôt que chez Alfa Romeo ou Pirelli – par pur hasard. Mais il y a aussi ces chiffres qui circulent: entre 1947 et 1969, la police a tué 91 prolétaires au cours de manifestations politiques, et elle en a blessé 674. Et encore: en vingt ans, il y a eu plus de 44000 « morts blanches », c’est-à-dire dues à des accidents du travail – une toutes les demi-heures.

Le 26 novembre à l’aube, Francesco Tolin, le responsable de l’hebdomadaire Potere operaio (le journal du groupe extraparlementaire du même nom) est arrêté. L’accusation est délirante: « Incitation à la subversion contre les pouvoirs de l’État. » Tolin sera condamné à vingt mois de détention. Les jours suivants, les arrestations se comptent par centaines, les plaintes contre des manifestants par milliers. On parle d’une interdiction imminente des organisations de la gauche révolutionnaire. Ce 26 novembre encore, le comité central du PCI exclut du parti le groupe Il Manifesto20.

La manifestation nationale des travailleurs de la métallurgie, prévue à Rome le 28 novembre, effraie un peu tout le monde: le gouvernement, la Confindustria (sous les fenêtres de laquelle le cortège semble avoir l’intention de se conclure, piazza Venezia), et même les confédérations syndicales. Donat Cattin essaie frénétiquement de mener les négociations à leur terme pour conjurer « l’invasion », mais il n’y parvient pas. Le 28 novembre est une journée orageuse – le ciel est lourd d’une pluie sur le point de s’abattre, le vent souffle par rafales sinistres. À la gare Tiburtina arrivent les ouvriers de Milan et du Sud de l’Italie. À la gare Ostiense, les Piémontais. À la gare Termini, les ouvriers de Vénétie et ceux du Centre. Grâce aux collectes dans les usines, les cars loués par la FIOM, la FIM et l’UILM se comptent par centaines. Les écoles romaines, en grève, rejoignent elles aussi les points de rassemblement. Le parcours de la manifestation est extrêmement long: tenus à distance de la via Nazionale, du Quirinal, de la piazza Venezia, de la via del Gesù21 – bref, des lieux du pouvoir – les ouvriers défilent le long du Tibre, jusqu’à la piazza del Popolo. Le meeting de clôture est tenu par les trois leaders des fédérations de la métallurgie, Trentin, Macario et Benvenuto. Les secrétaires des confédérations, présents sur l’estrade, ne prennent pas la parole. À la fin, alors que la manifestation est en train de se disperser, des hélicoptères de la police passent très bas au-dessus de la tête des ouvriers, dans un bruit assourdissant. L’espace d’un instant, la tension monte encore d’un cran, les policiers en position autour de la place, serrent les rangs, il y a des cris de rage et des poings levés. Mais aucun incident ne survient.

Le 29 novembre, la première mouture d’un accord entre les syndicats et l’Intersind est finalement rendue publique. Une grande partie des revendications contenues dans la plate-forme ouvrière y sont reprises. Bien évidemment, les industriels du secteur public ne sautent pas de joie, ils savent bien que le ministre Donat Cattin les a utilisés à la manière d’un brise-glace afin de débloquer les ­rapports avec la Confindustria. Les déclarations de Glisenti le chef de la délégation de l’Intersind, ne dissimulent pas leur ton polémique: « Nous nous sommes trouvés dans la situation de devoir accorder des augmentations qui n’étaient pas justifiées par l’accroissement de la productivité, mais par les carences qui existent dans les infrastructures de notre société. L’industrie a dû prendre en charge ce “plus”, qui devrait théoriquement compenser le mécontentement qu’expriment les travailleurs à l’égard de leurs conditions de vie. En un mot, l’industrie italienne a dû payer ce qui, dans d’autres pays, repose principalement sur la collectivité. »

Angelo Costa, secoué, répète en boucle son pitch: « Faites en sorte que les Italiens ne perdent pas l’envie de travailler. » Arbeit macht frei.

 

Novembre est le mois le plus furieux. Moins à cause des événements les plus visibles – ceux qui ont rapidement trouvé leur place dans un tiroir de la mémoire collective – que pour toute une série de faits minuscules, plus difficiles à recenser, et qui marqueront les comportements et les vies de milliers de salariés. Il ne s’agit pas ici de sacrifier à l’air du temps en rendant à ces « micro-histoires » un pesant hommage: au contraire, derrière l’évocation succincte de la radicalisation extrasyndicale des luttes à la FIAT en ce mois de novembre, c’est le Gulf stream de l’Histoire (avec un grand H) qui nous intéresse.

Quelques instantanés, pour se faire une idée. Le 10 novembre n’était pas un jour de grève à la FIAT, mais les ouvriers de la deuxième équipe prennent tout le monde de court: ils quittent l’usine à 19h30, au lieu de 23h, pour ne pas rater le dernier tram (la grève des conducteurs de trams et de trains commence à 21h30). Ils font simplement preuve de bon sens, mais les petits chefs sont fous de rage et les syndicalistes eux-mêmes ne savent plus quoi penser. Le même jour, à la FIAT Stura, les ouvriers de l’atelier 2 entrent en grève sans préavis, parce que deux chefs d’équipe font des heures supplémentaires. Un cortège interne se forme, qui sillonne l’établissement jusqu’à ce que, les deux petits chefs bannis, le scandale retombe. Mardi 11 novembre, à la FIAT Lingotto, un cortège se dirige vers le bâtiment de l’administration: les ouvriers tentent d’envahir les locaux pour en chasser les « cols-blancs », réfractaires à la grève. Mais les portails d’entrée et les accès sont cadenassés. Ils imaginent alors des représailles moqueuses: ils empêchent les employés de sortir pour la pause-déjeuner. La direction, qui essaie de trouver une solution pour nourrir les « lapins22 », tente d’introduire dans l’usine une ambulance remplie de ­sandwiches et de boissons. Les manifestants la repèrent et l’interceptent: que les « jaunes » restent à jeun et méditent sur leurs péchés! Le siège censé les affamer se poursuit jusqu’à 18h, mais 200 policiers entrent finalement dans l’usine et libèrent les malheureux.

Les 12 et 13 novembre, à Mirafiori et Rivalta, de violents cortèges se succèdent, contre les employés. Le 14, le service de presse de la FIAT fait savoir que l’entreprise a porté plainte contre 50 ouvriers, et que 200 autres sont suspendus. Le 27, un cortège de masse défile dans le secteur des Carrosseries de Mirafiori en appelant à une grève illimitée, afin de bloquer totalement la production. Les 28 et 29 novembre, les Carrosseries continuent la grève « à outrance ». La majorité des délégués s’y opposent, et tentent, lors des assemblées internes, de convaincre les ouvriers de faire marche arrière. Mais à la réunion du Conseil d’usine, ce sont les mêmes délégués qui demandent qu’on durcisse les formes de lutte. Bel exemple des contradictions du délégué, cette « conscience malheureuse23 » tiraillée entre différentes instances.

Le coup de force des ouvriers de la FIAT, que nous évoquons ici en accéléré, à la manière d’un film de Ridolini24, est une fois de plus décisif. Le compte à rebours a commencé. Le 7 décembre, l’accord pour le renouvellement du Contrat des travailleurs de la chimie est conclu: 40 heures de travail hebdomadaire, trois semaines de vacances, des augmentations globales de 19 000 lires par mois. Le 10 décembre, c’est au tour des entreprises publiques de la métallurgie: 40 heures de travail, une augmentation de 65 lires de l’heure pour toutes les catégories de travailleurs, la parité statutaire entre les ouvriers et les employés, le droit d’assemblée en usine pendant le temps de travail à hauteur de 10 heures rétribuées.

Reste le cas des métallos du privé, les « enfants terribles » de l’Avocat. Le 12 décembre à Milan, leur marche vers le contrat est brutalement interrompue par les larmes et le sang du massacre de la piazza Fontana. Les syndicats, après avoir suspendu les grèves en signe de deuil, ont assez de sang froid pour tenir dur et reprendre la mobilisation: il s’agit de faire pression jusqu’au bout sur les négociations qui sont en cours à Rome. Finalement, le 21 décembre, le contrat est signé, les acquis sont les mêmes que ceux des métallos du public.

Tout est fini. Angelo Costa est réduit au silence. L’Italie est un pays qui a perdu l’envie de travailler sous la botte du patron. Le travail ne rend pas libre.

  • 1. Ce texte est paru en 1989 dans Autunno operaio, supplément au journal Il Manifesto. Il est absent de la première édition de L’orda d’oro où figurait en revanche un texte traitant des luttes à la FIAT en juillet 1969, La bataille de Corso Traiano, dont il sera brièvement question plus loin.
  • 2. Les revendications ouvrières portaient sur différents aspects : l’augmentation salariale (égale pour tous ou au pourcentage, sur la partie fixe et/ou sur la partie variable) ; la question des catégories c’est-à-dire des différents échelons ; la réduction du temps de travail ; les cadences ; la parité statutaire entre les ouvriers, les employés et les techniciens. « S’il a trois jours d’absence, l’ouvrier perd son salaire complètement. Dans le statut des employés et des techniciens, c’est pas pareil. Justement, c’est étudié pour empêcher l’ouvrier de rester chez lui quand ça ne lui va pas de travailler. […] D’où l’exigence ouvrière, celle du salaire garanti, indépendant de la productivité. D’où l’exigence ouvrière d’augmentation sur le salaire de base, sans attendre les conventions collectives. D’où l’exigence ouvrière des 40 heures, 36 pour ceux qui travaillent par équipes, payées 48 tout de suite. D’où l’exigence ouvrière de la parité statutaire tout de suite. Simplement pour le fait d’entrer dans l’enfer de l’usine », Nanni Balestrini, Nous voulons tout, op. cit
  • 3. Luigi (dit Gino) Giugni (1927-2009) était un avocat, juriste et professeur de droit du travail, spécialiste des questions syndicales. Membre du PSI, il préside en 1969 la commission qui élabore le Statuto dei lavoratori (le « Statut des travailleurs », voir note 73 de ce chapitre, p. 323)
  • 4. La Confindustria (Confederazione generale dell’industria italiana) est la principale organisation du patronat italien
  • 5. Carlo Donat Cattin (1919-1991), issu des milieux catholiques turinois, a été l’un des représentants de l’aile gauche de la Démocratie chrétienne. Il a fait partie des fondateurs de la CISL en 1950 et a été Ministre du travail entre 1969 et 1972. En 1970, il est l’un des artisans, avec Gino Giugni (supra, note 34), du Statut des travailleurs
  • 6. Profitant de l’appel des syndicats à manifester contre la politique du logement, l’assemblée ouvriers-étudiants organise une manifestation à Turin le 3 juillet 1969 en lien avec les mobilisations sur les loyers dans le quartier ouvrier de Nichelino : charges de la police, contre-attaques, barricades, les affrontements se poursuivent huit heures durant. Sur les mobilisations à Nichelino et la « bataille de Corso Traiano », voir le récit de Nanni Balestrini dans Nous voulons tout, op. cit
  • 7. L’autoréduction des loyers était une pratique répandue en Italie, au sein du mouvement et dans les quartiers ouvriers : elle consiste à ne pas payer (ou à décider de baisser soi-même) le prix du loyer que l’on doit au propriétaire. L’autoréduction a été également pratiquée sur les factures de gaz, d’électricité et d’eau, et a accompagné les revendications salariales et horaires. Il sera à nouveau question de ces pratiques aux chapitres 8 et 10. Voir aussi Yann Collonges et Pierre Georges Randal, Les autoréductions, grèves d’usagers et luttes de classe en France et en Italie (1972-1976), Christian Bourgois, 1976, rééd. Entremonde, 2010
  • 8. Il Quarto Stato (1901) est une œuvre du peintre Giuseppe Pelizza da Volpedo (1868-1907). Inspiré par une grève, il met en scène le prolétariat en marche
  • 9. « La Petrolchimica » désigne les installations pétrochimiques situées à Porto Marghera, près de Venise, et en particulier l’usine Montedison. Pour une vue d’ensemble des luttes à Porto Marghera et une histoire du Comité ouvrier de Montedison, voir Devi Sacchetto et Gianni Sbrogio, Pouvoir ouvrier à Porto Marghera, Du Comité d’usine à l’Assemblée de territoire (Vénétie – 1960-1980), Les nuits rouges, 2012
  • 10. La grève a fine turno est une interruption de travail à la fin du temps de travail journalier de chaque salarié.
  • 11. Agrippa Menenius était un patricien et consul romain envoyé en 494 av.J.-C. sur le Mont Sacré (le Mont Aventin, à Rome) pour convaincre la plèbe, qui s’était révoltée contre le pouvoir des Patriciens et s’était retranchée en haut de la colline, de redescendre dans la ville
  • 12. La Stampa est un quotidien turinois de diffusion nationale étroitement lié à la classe dirigeante de la ville, et à celle de la FIAT en particulier
  • 13. « Après l’insurrection du 17 juin / Le secrétaire de l’Union des écrivains / Fit distribuer des tracts dans Stalinallee. / Le peuple, y lisait-on, a par sa faute /Perdu la confiance du gouvernement / Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts / Qu’il peut la regagner. / Ne serait-il pas / Plus simple alors pour le gouvernement / De dissoudre le peuple / Et d’en élire un autre ? » Bertolt Brecht, « La Solution », Poèmes, Tome 7, L’Arche, 2000
  • 14. Vladimir Ilitch Lénine, « De l’État. Conférence faite à l’université Sverdlov le 11 juillet 1919 », Textes philosophiques, Éditions Sociales, 1982
  • 15. Chez Aristote, les « choses ultimes » (ta eschata) sont les termes derniers auxquels doit aboutir et où doit s’achever l’action à accomplir
  • 16. Le slogan syndical « il nuovo modo di fare l’automobile » insistait sur l’implication des ouvriers dans l’organisation du cycle productif. Leur connaissance de chacune des étapes de ce cycle devait leur permettre le contrôle effectif de la production.
  • 17. En 1976, le PCI obtient 34,4% des voix à la Chambre des députés, et 33,8% au Sénat. Cette « poussée » fait caresser à beaucoup l’espérance d’un « dépassement » de la DC par le PCI, à deux doigts d’obtenir une majorité relative
  • 18. Association patronale des entreprises de Lombardie
  • 19. Giuseppe Saragat (1898-1988) est un homme politique socialiste italien. Exilé pendant le fascisme, résistant, il est élu (PSI) après-guerre à l’Assemblée Constituante qu’il dirige jusqu’en 1947. Opposé à l’alliance du PSI avec le PCI, il fonde en 1947 le Partito socialista dei lavoratori italiani, qui deviendra le Partito socialista democratico italiano. Aux élections de 1948, il s’allie avec la DC contre le Front démocratique populaire (alliance du PSI et du PCI). En 1964 il est élu Président de la République italienne et le reste jusqu’en 1971
  • 20. Sur ce courant, constitué en 1969 au sein du PCI, voir chapitre 7 – Andrea Colombo : Les principaux groupes, p. 353 sqq
  • 21. La via Nazionale est une longue avenue qui descend de la gare Termini vers le centre de la ville (en particulier vers la piazza Venezia, en passant non loin du Quirinal), et abrite le siège de la Banque d’Italie. Elle fait partie des parcours « classiques » des manifestations. Le Quirinal est le Palais de la Présidence de la République. La piazza Venezia abritait jusqu’en 1972 le siège de la Confindustria. Sur la via del Gesù, toute proche, se trouvait le siège de la DC
  • 22. En italien « i conigli » : les lâches, les poules mouillées
  • 23. « La conscience malheureuse est la conscience de soi-même comme essence divisée et seulement encore empêtrée dans la contradiction », Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, chapitre IV
  • 24. Ridolini est le nom italien de Larry Semon, une gloire comique du cinéma muet américain des années 1920 (en français : Zigoto)