Lanfranco Caminiti: l’autonomie méridionale, territoire d’ombres, luttes solaires

La crise des groupes extraparlementaires, au milieu des années 1970, obligeait à repenser la question méridionale1. Si les groupes les plus attentifs aux réalités du travail ouvrier avaient regardé la constitution des pôles industriels (à Gela, Milazzo, Priolo, Taranto, Porto Torres) comme les lieux possibles d’une conscience révolutionnaire, les groupes marxistes-léninistes s’intéressaient surtout à la tradition comme garantie de virginité, aux racines paysannes, à la sagesse antique, aux jacqueries (ainsi à Cutro, Paola, Bronte, Lentini2). Dans les deux cas, au-delà du fait d’avoir impulsé des mouvements de luttes massifs, ils étaient capables à la fois ­d’éléments de vérité et de connaissance, mais aussi d’une forte surdétermination théorique ou idéologique (qui les avait par exemple déconcertés et paralysés lors des événements de Reggio Calabria3). Ces surdéterminations avaient comme brouillé les processus de connaissance et les catégories de l’analyse. Il fallait revenir en arrière pour regarder et comprendre ce que nous avions sous les yeux. Mais, en attendant, il fallait sortir de leur torpeur toute un ensemble de consciences, de réalités, de militants, qui s’était sédimenté. C’est ainsi que naît l’autonomie méridionale.

À un premier réseau de militants, réunis autour du journal Comunismo, s’agrège une nébuleuse plus hétérogène qui s’était réunie en 1976 à l’université de Cosenza4. Les questions soulevées, les positions des uns et des autres s’amoncellent dans un chaos où tout se tient (de la commune anarchiste de Pellaro, aux féministes de Vibo, des dynamiteurs de … aux musiciens de Verbicaro).

En octobre 1976, la faculté de lettres de Palerme est occupée par des précaires et des étudiants. Lors d’une assemblée surpeuplée, on aborde les questions centrales du travail non ouvrier, du sens de la recherche et des sciences au service de la domination et de l’exploitation, de la nécessité d’avoir des droits et de sortir de la marginalité. Le 77 italien commence.

« […] La dispersion des militants, l’absence de canaux rapides et stables pour débattre, le manque de réflexion sur les luttes, confiées à une perpétuelle reproduction spontanée sans moyens organisationnels, le manque de points de fixation capables d’accueillir l’ensemble du champ de la contradiction pour pouvoir ensuite le diffuser, l’absence presque totale d’information; dans le Sud, entre la lutte et la représentation il n’existe qu’indifférence. Le prolétariat méridional n’a pas de voix, il n’a pas de communication interne, n’a pas de lieu où déposer sa mémoire pour la transformer en théorie […]. Ainsi, la priorité devenait de connaître le Sud, et réciproquement de le faire connaître à ses militants, de confronter des dizaines de situations, de réalités résolument antagonistes, libres de tout lien sinon occasionnel, de montrer simplement l’irréductibilité de luttes qui échappaient au cadre politico-institutionnel et surtout enracinées sur leur territoire […]. Les organisations territoriales de masse, les organisations locales, régionales, méridionales de masse, deviennent la pratique organisationnelle des rencontres. La découverte de centaines de militants vivants, actifs, plongés au quotidien dans l’esprit de la lutte sur les besoins de toutes les fractions du prolétariat, formés au lent travail capillaire, formés au conflit avec les patrons et les petits chefs, les mafieux et les administrations publiques, formés depuis toujours à toutes les pratiques de lutte, formés au perpétuel chantier de la construction, de la désagrégation et de la reconstruction, était le signe tangible de l’offensive contre la normalisation institutionnelle. La fin de la compartimentation groupusculaire libérait de la disponibilité, ouvrait la possibilité d’un débat qui puisse repartir des choses concrètes et offrait la perspective d’une orientation méridionaliste. On pouvait enfin lire l’histoire des luttes méridionales non pas en termes de carences, d’insuffisances, mais comme l’expression d’une autre manière de concevoir l’organisation prolétaire. L’histoire du Sud n’est pas seulement faite d’imprévisibles explosions de rage, mais d’un incessant travail de masse, de tout un réseau de discussion prolétaire, d’une dimension territoriale horizontale qui, à partir des villages, à partir des quartiers, des rues, des lieux de rencontre, investit les lieux de travail, dans une maturation lente mais sûre […]. »

Voilà ce qu’avec Fiora nous écrivions dans Scirocco5. Mais il fallait y être. Je veux dire: il fallait vraiment se trouver là, au milieu des choses. Prendre la voiture de nuit à Cosenza pour arriver à Palerme et parler avec les types des chantiers navals, puis repartir pour Reggio parce qu’il était urgent de soutenir la lutte chez Omeca6 et pousser dans la foulée jusqu’à Tarente, à l’Italsider7, en s’arrêtant en chemin du côté de Sibari, assister à une réunion à l’université de Bari, dormir quelques heures et repartir pour Naples – une assemblée l’après-midi au Politecnico. C’est à ce moment qu’est née la théorie de l’itinérance, du nomadisme. Que pouvions-nous inventer d’autre? Nous devions être fous. Et extraordinairement forts. Les plus sédentaires étaient les camarades de Naples mais, on le sait, ils vivaient sur un continent d’autosuffisance; les plus dynamiques étaient les camarades lucaniens8, eux, ils étaient presque au centre de l’univers, en un rien de temps ils étaient à Tarente ou à Naples ou à Cosenza, que pouvaient-ils vouloir de plus? Et puis ce n’était pas désagréable d’aller d’une réunion à une autre le long de la côte Amalfitaine, de faire la route au crépuscule entre Maratea et Diamante ou de se rencontrer la nuit dans les lumières de ce monstre de Bagnoli vu de Bacoli9; ce n’était pas désagréable de s’arrêter dans les troquets des Quartiers espagnols pour parler de communisme, avec poulpe et friarielli10, ou d’affronter la pluie et le vent sur la Basentana11 pour l’impression de l’éternel numéro zéro12, mais après cela planter ses crocs dans des saucisses de sanglier lucaniennes. Ce n’était pas facile, c’est vrai. Nous devions aller à contre-courant de l’usinisme13 et de l’industrialisme qui avaient régné sans partage sur la programmation étatique dans les années 1960 et 1970, polluant la totalité de la gauche et jusqu’à la gauche révolutionnaire. Nous devions de nouveau suivre le fil rouge de l’opposition méridionaliste, retourner comme un gant l’illusion du développement, décaper à l’huile de coude les apories des groupes. Régler son compte au gramscisme institutionnalisé. Nous redécouvrions les racines lointaines (les brigands, les Fasci siciliens, le mouvement indépendantiste de Finocchiaro Aprile et l’EVIS de Canepa, les occupations de terres14) pour revenir à Marx, ce Marx qui dans le Sud, et ici en Italie, avait toujours été lu de manière historiciste et positiviste, par Labriola, Croce, Della Volpe15. S’il y avait un endroit où le capitalisme faisait la preuve de sa maturité c’était bien le Sud.

« S’il est une manière inepte d’envisager la “question du développement”, c’est bien de le faire au prisme d’une codification économique fondée sur des données statistiques: taux de chômage/taux d’activité, distribution d’énergie électrique, revenu moyen, taux moyen de richesse produite, etc. Rien de tout cela ne rend compte des rapports de production, ni de la manière dont l’État tisse sa toile au travers de la coopération sociale […]. On a dit que dans la société capitaliste avancée, il était difficile de postuler un centre, probablement parce qu’elle se survit à elle-même; mais si on choisit de poser au centre le rapport travail/capital, ce n’est qu’en tant qu’il est le symbole d’un processus de production de la richesse dont les conditions se sont lentement transformées. À présent, on ne peut pas affirmer que le Sud a été la périphérie de ce champ magnétique structuré par le rapport travail/capital […]. L’opposition travail/capital s’est produite transversalement, dans la société, dans chaque relation, et c’est la raison pour laquelle, dans la société capitaliste avancée, toute relation sociale a été ramenée à la coopération, à la production de richesse. Ce type de déplacement du rapport de commandement intéresse le Sud. En d’autres termes, le pouvoir politique, l’État, ont transposé au Sud la même fonction conflictuelle que le rapport travail/capital […]. Le saut qualitatif, le passage volontariste de la dialectique capitaliste, se manifeste dans l’inversion de la tendance: de l’accroissement du travail ouvrier à l’accroissement du travail non ouvrier […]. Au Sud, on voit apparaître des déséquilibres radicaux entre les capacités de travail respectives des différents secteurs du processus de travail/production. Ce qui différencie la capacité de travail d’un employé de la Banque de Sicile, où des terminaux ont été installés, le travail des ouvriers agricoles dans les Pouilles, le travail au noir dans le centre de Naples, le travail illégal des contrebandiers, le travail à domicile dans les nouveaux processus de restructuration du textile en Calabre, le travail du technicien d’Olivetti à Marcianise, le travail ouvrier à la SIR16, se mesure au temps de travail nécessaire à chacun pour couvrir la part de chiffre d’affaires qui correspond à son salaire. Mais pour l’État, la seule chose qui compte, c’est la capacité globale de travail social […]. Par conséquent, la richesse produite, non seulement n’appartient pas au travail social mais elle s’y oppose en tant que commandement, dans le processus de travail mais aussi dans le temps de reproduction (temps de non-travail), c’est-à-dire dans la vie. La contradiction s’accroît entre le développement des forces productives et les rapports de production. Elle n’est plus seulement l’indice du paradoxe entre une capacité de richesse ­toujours accrue, rendue possible par le développement des forces productives, et la misère à laquelle le travail est réduit par les rapports de production; elle y ajoute le paradoxe supplémentaire d’une richesse étrangère, non pas au sens de non possédée, mais au sens d’ennemie, vers laquelle le développement des forces productives est contraint. L’ouvrier du bâtiment méridional construit des petites villas où il n’ira jamais habiter et, à côté, des prisons spéciales où il pourrait bien aller habiter; l’ouvrier de Face Standard fabrique des composants électroniques pour les télécommunications qui n’étendent ni ne facilitent l’usage privé dans ce domaine, mais celui de l’État17 […]. Les termes de développement ou de sous-développement ne renvoient plus seulement à la présence ou non de richesse, mais aux formes du salaire indirect ou à une configuration territoriale et urbaine dont il est possible de tirer satisfaction ou avantage (il n’y a pas de centre urbain où l’eau ne vienne à manquer l’été, que ce soit à Tarente, à Palerme ou à Sassari – et la lumière l’hiver; les virus sont partout mais il n’y a qu’à Naples qu’ils provoquent des massacres d’innocents; il n’existe pas, ou quasiment pas de réseau ferroviaire à l’intérieur des terres, il n’y a que des services privés d’autocar, pour ne pas parler des camions aménagés par des particuliers pour le transport d’ouvriers agricoles; le prix du billet de train est le même entre Reggio Calabria et Battipaglia qu’entre Venise et Milan, mais dans le premier cas on voyage entassés les uns sur les autres dans des wagons d’ex-troisième classe et dans le second, on voyage dans des wagons insonorisés à moitié vides; l’autoroute Salerne-Reggio Calabria est gratuite, contrairement à l’Autosole18, mais l’une est en perpétuelle rénovation, avec virages en dévers pour la tenue de route, Autogrill et Luna Park, alors que l’autre a plus de cratères que la Lune et qu’entre les trous et les virages, il y a de quoi assurer la sélection naturelle pour la surpopulation du Sud; pareil pour le réseau hydrique, pareil pour tout). Le bien-être métropolitain a accompagné l’utopie capitaliste du développement […]. Les aires de l’immigration n’ont été affectées par ce modèle qu’à la marge. Zones “sous-développées” par antonomase, elles mesurent aujourd’hui leur contribution à cette phase du développement tardocapitaliste à la présence d’éléments de commandement-plan social, points lumineux signalant le rythme d’une activité sociale coordonnée par l’État. Voilà la mesure actuelle du développement […]. Si l’ouvrier intéresse le capitaliste huit heures par jour, il intéresse l’État pendant les 16 heures restantes; et dans la mesure où l’État pénètre fiscalement la structure du salaire et financièrement celle de l’accumulation, il commence à l’intéresser aussi pendant les huit premières heures. »

C’est donc sur l’État que nous avions refocalisé notre attention.

L’État-entreprise, capable de valoriser la redistribution du revenu sous les formes du commandement et du consensus forcé, et de construire ainsi un « pacte social » avec beaucoup plus de cohésion que ne l’avaient jamais fait les capitalistes19. Pour cela, il avait besoin de la participation de représentants du champ social (partis, syndicats, associations catégorielles etc., jusqu’aux copropriétaires). Encore une fois, le Sud servait de laboratoire (dans une interview au Corriere della Sera en septembre 1995, Andreotti lui-même fera allusion à cet aspect d’« expérimentation politique »). En Sicile, l’administration régionale dirigée par les démocrates-chrétiens et le PCI avait préfiguré les gouvernements d’unité nationale, rééditant des formes nouvelles de « milazzisme20 ». Ce sera la première expérimentation du « compromis historique ». La gauche réformiste s’était préparée intellectuellement à cette entrée dans la salle des machines en formulant des théories de l’État qui valorisaient sa capacité à intégrer les instances sociales et à représenter les droits des citoyens. En réalité, tout ceci prospérait de manière parasitaire sur une longue vague de luttes qui était en train de redistribuer les cartes au Sud (pour la première fois en Italie, on assistait à des victoires électorales de la gauche hors du triangle Émilie-Toscane-Ombrie) et qu’il fallait contenir. Poussées réformatrices, inerties mafieuses et rêves technocratiques constituaient pêle-mêle un agir de l’État qui était pourtant déjà déterminé par et pour le capital.

« […] Il y a un fonds commun aux différents courants du mouvement ouvrier institutionnel: de Vacca21 qui entend “promouvoir une recomposition unitaire des conflits dont les partis sont les principaux interprètes et médiateurs”, à la conception ingraienne du décentrement de l’État vers le tissu corporatif des partis devenus l’instrument unitaire de l’émancipation des masses, jusqu’à la conception trontienne de l’autonomie du politique pour laquelle la classe ouvrière, unique interprète du pouvoir politique, prend le capital de vitesse en l’anticipant dans la réorganisation d’une machine d’État très en retard sur les exigences de valorisation du capital […]. En presque 30 ans d’existence et en dépit de ses invraisemblables revirements programmatiques et “stratégiques”, la Cassa per il Mezzogiorno22 a assuré une fonction continue et sans équivoque: le développement du pouvoir politique qui structure les relations sociales méridionales. L’État a mis en œuvre simultanément deux orientations qui concourent à la socialisation de l’exploitation. La première est incarnée par les technocrates (Saraceno, Pescatore, Peggio, Vera Lutz, Galasso, Novacco, Compagna, etc.) qui ont œuvré à la programmation étatique […]. Avec le premier plan quinquennal naissent Tarente, Gela, Priolo, Ottana, Brindisi, Naples, les 34 zones et foyers d’industrialisation; dans leur sillage, les plans-fiction de la politique de programmation, assez liés toutefois aux mythologies du centre-gauche […]. L’autre tendance, c’est celle des costumes gris, des billets de première classe dans les rapides, de l’argent qui glisse entre les doigts, des mains tendues, des trafics, des clientèles, des menaces, celle des Gioia, Lima, Mattarella, Frasca, Principe, Dell’Andro, Lattanzio, Matarrese, celle des grands réseaux du corporatisme des partis […]. En convergeant, ces deux tendances ont permis, comme l’avait anticipé Moro, la maturation du commandement social de l’État au Sud. L’État a compris la nécessité de transformer ses propres structures politiques, encore teintées de provincialisme, en fonction des axes de la restructuration dominante: au niveau politique (gestion des institutions locales et de tous les niveaux du décentrement institutionnel); technocratique (lié aux plans de restructuration et de réorganisation sociale); financier (à travers les organismes qui émettent ou facilitent l’accès au crédit et aux financements en général); militaire (avec la réorganisation de toutes les structures locales de contrôle); scientifique (avec les plans électronique et informatique, têtes de pont du développement des technologies avancées de contrôle au Sud). Presque vingt ans après les premières implantations de pôles industriels, qu’est-ce qui apparaît? Par-delà la crise de la chimie et de la sidérurgie, on distingue un réseau extrêmement dense de drainage territorial au service de la circulation financière nationale et internationale […]. Le cycle financier qui se construit au Sud est en règle générale conçu de la manière suivante: l’argent est introduit par l’État, par le truchement de lois de financement des participations de l’État (IRI, EFIM, ENI), et des lois de financement de la Casmez et de la Gepi23; ces établissements prennent des participations avec d’autres organismes de crédit vers lesquels convergent les financements de la CEE, à travers la BEI24 et le Fonds régional, et les investissements privés nationaux et multinationaux. Ils se transforment donc en initiatives productrices de biens et de services, en même temps qu’ils mettent en œuvre une activité de recherche et de contrôle social […]. L’État n’a aucun intérêt à se mettre en jeu en tant que capitaliste réel. Il a bien plus à cœur de monopoliser la circulation financière par l’offre aux entreprises (avec les différentes modalités de prêt financier, le leasing, le crédit, les facilités fiscales) et par la demande et les commandes passées par ses structures et ses organismes territoriaux, que de monopoliser la propriété entrepreneuriale. Il déplace ainsi le contrôle juridique des rapports de propriété aux rapports sociaux en tant que rapports d’échange: argent et territoire deviennent la base de la juridification de la société […]. Dans une production sociale caractérisée par la plus-value sociale, par le fait de mettre tous les aspects de la vie sociale au service de la valeur, où la consommation privée semble une survivance aristocratique (c’est le “communisme du capital25”), la figure même de l’échange se transforme, elle devient transfert, tout comme se transforme la figure juridique du contrat: le contrat de droit privé se dissout, et tire sa raison d’être du contrat social […]. Ainsi, le refus du travail (la liberté du non-travail) est à la fois l’hypothèse et la praxis du capital, lorsqu’à travers la machine, il rend progressivement le travail humain excédentaire et qu’il subordonne perpétuellement l’échange à la production de valeur. Une marchandise sans marché, telle a toujours été l’hypothèse de lutte communiste. Un marché sans marchandises, un marché de valeurs, de signes, de transactions abstraites, de contraintes sociales, c’est l’hypothèse-rêve du capital-argent social26. »

 

Les transformations du travail (revenir à Marx) deviennent fondatrices pour l’analyse. Le concept de « prolétariat méridional » nous semblait peu pertinent. Nous nous entêtions à montrer non seulement comment la production de plus-value accompagnait désormais tout reflux de l’activité travaillée au Sud (quand bien même elle était de reproduction et d’assistance, ce qui fabriquait du consensus et du commandement), mais aussi comment les aspects de cette production (où coexistaient des formes féodales et des technologies d’avenir) portaient désormais – comme du papier-tournesol – la marque des nouveaux caractères généraux du rapport travail/capital, prolétariat/État.

« […] Le travail au noir, précaire, marginal, la gigantesque aire du sous-emploi […] quand l’État-Sud structure un certain nombre de zones productives en mettant l’accent sur la petite et moyenne entreprise, puis sur l’automation de la grande entreprise sans modifier le taux d’occupation du travail ouvrier, voire en éliminant le travail ouvrier (même en tenant compte des nouveaux investissements, le taux d’accroissement de l’emploi est toujours et de toute façon inférieur à l’entrée sur le marché de la force de travail des jeunes), il ne fait que déplacer la force de travail vers d’autres zones du processus de travail social où, à l’inverse, le capital n’est absolument pas en mesure de produire du commandement […]. Le travail au noir se divise en travail “ouvrier” et travail “non ouvrier”. Le travail au noir ouvrier peut-être hautement technologique (c’est le cas dans certains secteurs du travail à domicile: dans le textile où les ouvrières travaillent chez elles avec un métier à tisser automatique, dans la réparation et la production à domicile de certaines pièces mécaniques et électromécaniques, dans le dessin technique à domicile, etc.); ou bien ce peut être un travail pour le compte de tiers, toutes ces activités (manutention, chantiers de construction, gros travaux particulièrement risqués ou nocifs) que la grande entreprise externalise pour se soustraire aux responsabilités économiques liées à des secteurs de travail dans lesquels elle n’est pas en mesure de produire une avancée productive (accidents du travail dits “homicides blancs” à l’Italsider); ou ce peut être un travail artisanal (brodeuses, gantières, tricoteuses, couturières, et une infinité d’autres travaux comme la fabrication de fleurs ­artificielles, de chaussures, d’uniformes) fondé sur la prolongation maximale de la journée de travail, puis coordonné par les grandes entreprises commerciales à destination de l’étranger ou des chaînes de distribution. Le travail au noir non ouvrier est lui aussi hétérogène. C’est un travail qui se développe dans l’ombre du tertiaire, reproduisant de manière plus ou moins illégale ou extralégale des activités de commerce et de services très liés à la reproduction (travail domestique non déclaré, contrebande, vente ambulante, cours particuliers); le travail à temps partiel ou saisonnier ou à durée déterminée, dans tous les cas précaire, et c’est vers là que s’oriente le rapport de travail dans le tertiaire supérieur: embauches régionales (usage administrativo-méridional de la loi 28527), concours, recherche, établissements et services, programmation en général, dissémination « territoriale ». Et pour fermer le ban, les formes variées (mais toujours existantes) de travail précaire, saisonnier, ou à domicile, au noir, dans l’agriculture et les secteurs qui lui sont liés: du travail “à domicile” du paysan pour la Cip-Zoo28 aux cueilleuses d’olives de Nicastro, des ouvriers forestiers de l’Opera Sila29 au travail des journaliers dans toutes les zones agraires, et jusqu’au double travail de presque tous les ouvriers-paysans pendulaires des zones agricoles qui bordent les aires industrielles, en particulier dans les Pouilles. Il faut aujourd’hui considérer le large spectre de ces formes de travail, tout à fait dominantes sur le territoire méridional même avant la “révolution technologique” de la petite et moyenne entreprise, comme autant de solutions que le capitalisme avancé entend apporter au processus de travail: si certaines de ces solutions sont passives, et si elles interagissent toutes, aucune n’est la survivance de formes précapitalistes (même dans le cas des brodeuses ou des cueilleuses d’olives). De ce point de vue, il serait vain de vouloir mesurer les différentes intensités d’exploitation entre les différentes formes de travail au noir-précaire et les autres activités de travail. »

 

Au fil des mois la question de la violence, de l’affrontement avec l’État, a commencé devenir prégnante, comme partout. Mais nous vivions sur un territoire où l’illégalité et la violence contre l’État étaient monnaie courante, dès l’adolescence, et il n’y avait pas besoin de beaucoup forcer le trait. Et pourtant, l’illégalité et la violence étaient affaire d’individus, elles relevaient de capacités singulières, elles ne parvenaient jamais à se transformer en science de la lutte. Et là où elles étaient organisées, elles devenaient criminalité, savoir mafieux. Même le refus de la politique se retournait souvent en son contraire: une délégation des pouvoirs aux professionnels de la politique. Ainsi, il était clair que nous ne prétendrions jamais assumer une fonction séparée de l’action de sabotage; nous devions imaginer, faire imaginer, la possibilité d’une construction collective de la force, d’une décision collective. Et en même temps, il était clair que nous devions constamment nous déprendre de nous-mêmes, empêcher qu’on nous perçoive comme une classe politique, fût-elle alternative. Jouir d’une délégation était facile au Sud; construire le mouvement et la démocratie était beaucoup plus complexe. Il nous a semblé que la radicalité tenait tout entière dans un discours sur la guerre.

« […] L’autodestruction, l’obsolescence de toute parcelle d’organisation prolétaire ne signifient pas l’incapacité à donner une constance à la position révolutionnaire mais, exactement à l’inverse, un sens artisanal de l’usage, de l’utilité de l’outil organisationnel, auquel on interdit toute vie séparée, toute prétention à représenter linéairement la dynamique complexe des besoins, tout fonctionnariat à outrance. C’est un indice de maturité, de démocratie communiste qui n’entend pas reproduire dans le comportement révolutionnaire la distinction entre le citoyen et le travailleur, entre le politique et l’économique […]. Sur la souche du refus du travail contraint germe le refus de la paix contrainte. Volons la guerre! Volons-la à la séparation, à l’aliénation. À présent, la théorie révolutionnaire est tout entière critique de la politique, théorie de la guerre. L’activité concrète de la subjectivité de guerre doit être mobilisée contre l’abstraction-travail. »

Après le congrès de Bologne, en septembre 1977, auquel nous avons participé de manière distraite, en nous tenant à l’écart des petits jeux nocturnes des groupes, mais en marge duquel nous avons organisé une après-midi de rencontre entre tous les militants méridionaux présents, le travail politique est devenu plus usant. Trop de choses se superposaient et nous nous sentions comme des brindilles projetées au loin. Obstinément, nous nous enfoncions dans l’entonnoir. Fin janvier 1978, nous avons réussi à tenir une assemblée méridionale à la faculté de médecine de Palerme. Une marée de gens. C’était juste après les luttes des travailleurs agricoles dans la plaine de Battipaglia et les occupations de logements à Salerne; pour la première fois depuis des années, les fascistes avaient été chassés de l’université de Messine, et puis Naples, et Palerme. Tout le monde était là. Et tout avait encore l’air de se tenir. À part nous. Au retour des rencontres, les camarades de Potenza ont été arrêtés, perquisitionnés, gardés à vue. C’est le début de la poisse. À Naples, une bombe explose entre les mains d’un camarade. Arrestations, terre brûlée. Quelques jours plus tard, après un affrontement armé aux environs de la via Mezzocannone d’autres camarades sont incarcérés, et la répression s’engouffre dans les rues désertées. Nous sommes suivis, espionnés et même lourdement filés sur des kilomètres d’autoroute. Et puis, les arrestations annoncées de Licola, et encore, et encore30.

Aujourd’hui, lorsque je regarde le présent, il me semble qu’au fil des années le Sud a été pris dans une double spirale: celle de la lutte contre la mafia (et contre la criminalité en général) qui a fini par s’appliquer à tout type de contradiction; et celle de la vulgarisation des questions chères au méridionalisme, que nous n’avions fait que réinventer (je pense à l’autogouvernement, à l’autonomie, au fédéralisme régional, à la démocratie territoriale, au sécessionnisme contre la représentation déléguée et abstraite du pouvoir politique, contre l’assistancialisme corrupteur, à l’entrepreneuriat inventif lié au territoire), transformés en un ramassis de petites banalités jouées contre le Sud (regardé comme le trou noir de la circulation d’argent, quand c’est justement le contraire grâce à son épargne), dressées contre le Sud.

Il sera impossible d’échapper à cette double spirale si l’on se borne à perpétuer un jeu à somme nulle, en reprochant à l’État d’avoir fait le lit du phénomène mafieux, ou en retournant son orgueil blessé en anti-nordisme. Ce sont là de terribles impasses dont il vaut mieux se tenir à distance. La voie des procédures judiciaires contre les politiques et les mafieux, des opérations de police et du contrôle militaire du territoire méridional, même si elle semble aujourd’hui gagnante, est étonnamment fragile: elle s’appuie sur un faible consensus et reste sans perspective, si ce n’est une perpétuelle et douteuse auto-reproduction. La classe politique qui s’est constituée au Sud (celle des juges et des militaires) est bigote. Et incontrôlable. Leur vision du gouvernement du territoire ressemble à celle qui s’applique dans des villes comme New York (Rudolph Giuliani vient de la « lutte contre la mafia »), Los Angeles après la révolte, Tokyo, Rio. Il n’est pas invraisemblable de supposer un rapport direct entre le désintérêt total que suscitent les problèmes du Sud dans la classe politique actuelle – comme un signe de dérive de l’imagination – et l’interlocution strictement militaire que lui réserve l’État. Les attentions se focalisent tout entières sur le Nord et c’est vers là qu’on s’ingénie parce que c’est là que se sont exprimés la rupture, le renversement. La vérité c’est qu’il n’y a pas aujourd’hui de subjectivité politique méridionaliste. Nous nous trompons par excès de vertu. S’il est vrai que surévaluer à sa propre jeunesse, et ce qu’on y a fait, est un signe de sénilité, la sous-évaluer ne peut être que le signe d’une perpétuelle adolescence.

Tenir une position différente, cela signifie reprendre la mesure de la complexité des questions du Sud, redonner du contraste à ses nuances. La crise définitive des pôles industriels, la guerre civile au sein de la classe politique, les transformations de la présence de l’État, l’énorme richesse et l’épargne qui se sont accumulées pendant les années de la drogue, la panne des projets d’informatisation et de tertiarisation, la généralisation dévastatrice (parce que sans aucun filtre) de la télévisualisation de la société, le travail qui apparaît toujours plus comme une potentialité et ne parvient pas à arracher un revenu, la reprise actuelle de l’émigration avec le software dans la valise en carton à la place du saucisson, et une explosion de l’immigration pour les travaux serviles et ceux de la terre, tout cela demande un nouvel effort d’élaboration, de lecture, d’intervention.

Mais un fait demeure: il n’y a jamais eu de processus de modernisation et de libération, d’avancées, de conquête du bien-être capables de marquer l’histoire de ce pays – des municipalités à l’idée de Nation, de la conquête des droits de l’Homme à la fin des monarchies, de la naissance des mouvements ouvriers et socialistes à la fin des totalitarismes – qui n’aient eu au Sud leurs lieux propres. C’est de là qu’il nous faudra repartir.

 

  • 1. En 1926, dans Alcuni temi della questione meridionale, Antonio Gramsci pointait l’écart de développement entre le Sud et le Nord de l’Italie. La « question méridionale » est dès lors devenue une problématique classique du mouvement révolutionnaire italien.
  • 2. Dans ces communes de Calabre et de Sicile, pendant la période de l’unification italienne, de nombreuses révoltes paysannes se sont opposées au système d’exploitation et de production intensive latifondiaire
  • 3. Pendant l’été 1970, des émeutes surviennent à Reggio Calabria alors que l’administration prévoit de déplacer le chef-lieu de région de Reggio à Catanzaro. On compte 6 morts et plus de 50 blessés au terme du siège militaire que les forces armées et la police ont déployé durant dix mois. Une partie de Lotta continua misera sur l’exemplarité de ces émeutes, comme en témoigne le film Dodici dicembre (1972) réalisé avec Pier Paolo Pasolini
  • 4. « L’assemblée, qui compte environ 300 participants, se tient à Cosenza dans l’amphi jaune de l’université, les 23 et 24 octobre. C’est un moment important pour tout le Sud. Pour la première fois le Sud s’organise en coordination qui se donne des échéances, choisit ses priorités et définit les points chauds du Meridione. Mais surtout, le mouvement méridional commence à se donner une identité. Ce n’est pas un retour aux thèses de Gramsci, d’un Sud à l’abandon et qui veut prendre part à la politique industrielle de la Nation, c’est tout le contraire. C’est un Sud qui a pris acte de ses propres ressources et qui compte en tirer parti selon des principes anticapitalistes et anti-développement. Les luttes à venir s’articuleront dans cette direction », Francesco Cirilo, « Mo’ Basta » in Sergio Bianchi, Lanfranco Caminiti (dir.), Gli Autonomi, vol.1, op. cit
  • 5. Fiora Pirri, Lanfranco Caminiti, Scirocco, Collettivo editoriale Scirocco, 1979
  • 6. Le Officine meccaniche calabresi (OMeCa) sont une entreprise de construction ferroviaire installée en Calabre dans le cadre des programmes de décentralisation de la production impulsés par l’État au début des années 1960
  • 7. L’Italsider était un important groupe sidérurgique public italien. L’usine de Tarente construite au début des années 1960 et désormais privatisée, reste l’une des plus grandes aciéries d’Europe
  • 8. Habitants de la Basilicate, située entre la Calabre, la Campanie et les Pouilles. « C’est vrai, nous n’avions pas, comme les plus chanceux camarades de Naples, Tarente ou Palerme, un “continent d’autosuffisance” où vivre notre militantisme de manière simplement stable : l’université, un grand pôle industriel ou une ville capitale. Notre militantisme, au contraire, était toujours un choix, un choix qui renouvelait toujours le désir : partir sans s’en aller », Daniele Adamo, Antimo de Santis, « I Lucani erano i più dinamici » in Sergio Bianchi, Lanfranco Caminiti (dir.), Gli autonomi, vol. 1, op. cit
  • 9. Bacoli est une commune située sur le golfe de Pozzuoli, au Nord de Naples. Elle fait face à Bagnoli, qui a connu une forte industrialisation au début du XXe siècle, avec notamment la construction d’une aciérie du groupe Italsider.
  • 10. Les friarielli sont des jeunes pousses de navet utilisées dans la cuisine napolitaine
  • 11. La route départementale 407, dite Basentana, traverse toute la Basilicate depuis Potenza jusqu’à la Méditerranée
  • 12. Comme on l’a vu précédemment, pour échapper aux lois sur la presse et à l’obligation d’avoir un directeur de publication, l’usage était de publier un nombre indéterminé de « numéros zéro »
  • 13. À la différence de l’operaismo, dont les différentes acceptions réfèrent à l’histoire de la classe ouvrière, le terme italien de fabbricchismo associe ici le salut du Sud de l’Italie à l’implantation d’usines, qui avaient fait le succès du « miracle économique » au Nord
  • 14. Les Fasci siciliani dei lavoratori sont un mouvement populaire d’inspiration démocratique et socialiste apparu en Sicile entre 1889 et 1894. Antonio Canepa et Andrea Finocchiaro Aprile étaient des leaders indépendantistes siciliens. Le premier créa en 1945 une armée clandestine l’Esercito volontario indipendenza della Sicilia (EVIS), le second le Movimento indipendentista siciliano
  • 15. Antonio Labriola (1843-1904) est un philosophe et homme politique italien, proche de Friedrich Engels et maître de Benedetto Croce (1866-1952), philosophe, historien et homme politique, auteur de Matérialisme Historique et Économie Marxiste [1901]. Galvano della Volpe (1895-1968), dont on peut lire en français Rousseau, Marx et autres écrits, Grasset, 1974, a eu une forte influence sur le marxisme italien des années 1960, en particulier sur Mario Tronti : « Della Volpe démontait pièce par pièce, sans se préocupper des obédiences orthodoxes, la ligne culturelle des communistes italiens. Confessons-le : pour nous libérer du national-populaire, nous restâmes attachés, sous son influence, à un certain aristocratisme intellectuel », Mario Tronti, Nous opéraïstes, op. cit
  • 16. LA SIR (Società italiana resine) est une entreprise de chimie industrielle installée à Porto Torres en Sardaigne.
  • 17. La FACE (Fabbrica apparecchiature per comunicazioni elettriche) fabriquait des équipements à usage essentiellement militaire
  • 18. L’Autosole (autoroute A1) relie Milan, Bologne, Rome et Naples. Inaugurée en 1964 sous le gouvernement Moro, c’est la plus longue autoroute italienne
  • 19. Sur l’État comme capitaliste collectif voir notamment les analyses de Marx (Le Capital, Livre II) et de Lénine (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916), qui seront reprises et prolongées par Mario Tronti : « Quand la production capitaliste s’est généralisée à la société tout entière, la production sociale est devenue, tout entière, production du capital – ce n’est qu’alors que naît sur ces bases une société capitaliste proprement dite comme fait historiquement déterminé. Le caractère social de la production a atteint un tel niveau que la société tout entière remplit le rôle de moment de la production […] Le capitaliste collectif représente la forme que prend le pouvoir quand il est détenu par le capital social, pouvoir de la société capitaliste sur elle-même, l’autogouvernement du capital, et par conséquent de la classe des capitalistes », Ouvriers et capital, « Le plan du capital », op. cit
  • 20. En 1958, Silvio Milazzo est élu président de la région Sicile avec le soutien des communistes, des socialistes, d’une partie des démocrates-chrétiens, des monarchistes et du MSI, mettant en échec le candidat officiel de la DC. Le néologisme « milazzismo » désigne depuis des alliances entre partis opposés visant à constituer une majorité de circonstance
  • 21. Homme politique et historien né à Bari en 1939, Giuseppe Vacca a été membre du comité central du PCI de 1972 à 1991, et député des Pouilles de 1983 à 1992
  • 22. La Cassa del Mezzogiorno (en abrégé : « Casmez ») est une institution publique de financement pour l’industrialisation des régions du Sud de l’Italie, créée en 1950.
  • 23. L’IRI est l’Institut pour la reconstruction industrielle ; l’EFIM, l’Établissement pour les participations et le financement des industries manufacturières ; l’ENI, l’Établissement national des hydrocarbures ; la Gepi, la Société pour les gestions et les participations industrielles, dont la mission « publique » consistait à entrer au capital de sociétés privées en crise
  • 24. Banque Européenne d’Investissement
  • 25. « La métamorphose des systèmes sociaux en Occident, dans les années 1930, a parfois été désignée par une expression à la fois claire et en apparence paradoxale : socialisme du capital. On fait allusion ainsi au rôle déterminant assumé par l’État dans le cycle économique, à la fin du laisser-faire libéraliste, aux processus de centralisation et de planification menés par l’industrie publique, aux politiques du plein-emploi, aux débuts de l’État providence (du Welfare). […] C’est l’expression communisme du capital qui résume le mieux la métamorphose des systèmes sociaux en Occident dans les années 1980 et 90. Cela veut dire que l’initiative capitaliste orchestre à son propre avantage les conditions matérielles et culturelles mêmes qui assurent le réalisme tranquille de la perspective communiste », Paolo Virno, Grammaire de la multitude, Thèse 10 : Le postfordisme est le « communisme du capital », L’éclat, 2002.
  • 26.  Fiora Pirri, Lanfranco Caminiti, Diritto alla guerra, Edizioni Scirocco, 1981. La notion de capital-argent, qui apparaît dans Le Capital de Marx (Livre II) constitue un pivot de l’analyse du mode de production capitaliste dans L’Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari (Minuit, 1972) : « le capital-argent est cette “axiomatique des quantités abstraites” qui s’impose à tout le réel, c’est le monde social organisé selon la relation de pouvoir créancier/débiteur, en dehors du système d’exploitation lié spécifiquement au travail. Par-delà le fordisme et la période industrielle du capitalisme, c’est aussi bien le marché que la monnaie qui sont la vraie police du capitalisme ». Pour une relecture contemporaine de cette problématique de l’argent-dette chez Deleuze et Guattari, voir Maurizio Lazzarato, Gouverner par la dette, Les Prairies ordinaires, 2014
  • 27.  La loi n° 285 de juin 1977 prétend dans son article 1 : « Favoriser l’emploi des jeunes dans les activités agricoles, artisanales, commerciales, industrielles et de service […] Financer des programmes régionaux de travail productif pour des projets et des services socialement utiles, avec une attention particulière au secteur agricole et aux programmes de services et projets prévus par les administrations centrales »
  • 28. La Cip-Zoo était une immense usine de la filière porcine, installée en Basilicate dans la périphérie de Potenza. Elle comprenait 20 000 m2 de cabanons amiantés, conçus pour les besoins de l’élevage intensif de cochons
  • 29. L’Opera Sila est une opération de valorisation du haut plateau de la Sila, en Calabre, mise en place après la Seconde Guerre dans le cadre de la réforme agraire
  • 30. Le 6 avril 1978, c’est à Licola près de Naples que l’auteur de ce texte est arrêté, avec Fiora Pirri, Davide Sacco et Ugo Melchinda