6. 1969 : L’Automne chaud

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La stratégie de la tension

Dès les premiers mois de 1969, l’insubordination ouvrière et étudiante gagne l’ensemble de la péninsule. Particulièrement généralisée et incontrôlable dans les régions du Centre-Nord, elle connaît des répliques jusque dans le Sud du pays – même si elles ont leurs logiques propres et qu’elles expriment des besoins spécifiques. Depuis 1968, les interventions policières sont devenues fréquentes et brutales, avec la bénédiction du gouvernement et de la presse.

Les Comités Unitaires de Base (CUB): la classe ouvrière comme sujet

Pendant les deux années qui ont précédé 1969, les luttes d’usine ont été marquées par une forte autonomie des comportements ouvriers aussi bien à l’égard de la politique des partis de gauche qu’à l’égard de celle du syndicat. La FIOM avait bien tenté, parfois avec succès, de prendre la tête des luttes, mais la division persistante entre les centrales syndicales (uil, cisl, cgil) et la soumission des directions aux exigences des partis les empêchaient de comprendre pleinement les nouvelles tensions et les exigences exprimées par la base ouvrière.

Par ailleurs si, de 1965 à 1967, le PCI se maintient dans l’opposition par rapport au centre-gauche, il continue à croire en la perspective d’une « politique du plan »: une politique qui permette de « programmer », de « planifier » le développement économique, productif et politique du néocapitalisme. Fidèle à la ligne tracée depuis l’après-guerre avec l’« idéologie de la Reconstruction », son action ne se distingue de celle du centre-gauche que par la revendication d’une « programmation démocratique », et donc d’une participation des communistes et des syndicats à l’élaboration des stratégies du développement capitaliste.

L’État massacre

Nous sommes le 12 décembre 1969, à Milan. Sur la piazza Fontana, comme c’est l’usage en début d’après-midi, les agriculteurs de la plaine du Pô et des provinces voisines négocient leurs marchandises. Sur la place également, l’antique Banque de l’agriculture reste ouverte tout l’après-midi. À 16h37 précises, une bombe de forte puissance explose dans le hall de la banque, faisant seize morts et quatre-vingts blessés.

Paolo Virno: Le piquet revu et corrigé

L’histoire passée est un butin de guerre: elle fait l’objet de razzias et d’appropriations permanentes – et cela est tout particulièrement vrai pour les luttes en usine. Ce que le sens commun considère comme juste et raisonnable lorsque les grèves sont au maximum de leur puissance, est qualifié de délire ou d’abus dès lors que les indices de productivité recommencent à grimper. Comme dans les mauvaises ghost stories, la jeune fille amoureuse ne tarde pas à se transformer en un spectre ricanant et sanguinaire.