5. L'explosion de 68

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Des messes aux masses: les luttes à l’université catholique

L’université catholique du Sacré Cœur de Milan (la Cattolica) est l’une des institutions d’enseignement supérieur les plus prestigieuses du pays. D’illustres personnages de la scène politique italienne ont été formés dans ses amphithéâtres. Berceau de la classe dirigeante catholique, elle a compté parmi ses étudiants des « politiciens pur sucre », comme Fanfani, De Mita ou Gui, des économistes comme Prodi et Lizzeri, des juristes du calibre de Tiziano Treu et Roberto Ruffilli. Elle est administrée d’une main de fer par des professeurs armés d’un rigoureux sens moral.

La notion de totalité en question

La genèse culturelle et philosophique de 68 reste à écrire.

On se contentera ici, à titre indicatif, d’esquisser quelques pistes pour ce travail à venir. D’une façon générale, le mouvement de 68 exprime un questionnement collectif sur le « sens », et ce qu’il en advient lorsque les tendances technocratiques du système capitaliste parviennent à maturité.

La prise de conscience

Dans la période qui succède aux occupations de 1967, les différentes universités commencent à établir entre elles toute une série de liens. La situation dans l’enseignement supérieur est extrêmement tendue et la vague de contestation gagne bientôt les collèges et les lycées. Pourtant, la presse bourgeoise n’y fait presque pas écho.

L’étudiant prolétaire

Naturellement, s’agissant de questions aussi complexes que celles qui ont été abordées aux chapitres précédents, la prise de conscience ne fut ni simple ni linéaire. En réalité, des positions contradictoires ne cesseront jamais de coexister au sein du mouvement étudiant, avec des conséquences pour le moins variées.

Sergio Bianchi: premières pistes d’interprétation de 1968

Ce qui fait de 1968 un accélérateur, un de ces moments décisifs qui font les tournants de l’histoire humaine, c’est de s’être trouvé au croisement d’une multiplicité de crises sociales, qui ont conflué dans le mouvement, et s’y sont agrégées. Et s’il y a désormais un avant et un après 1968, ce n’est pas parce que ce moment de l’histoire aurait enfanté au plan institutionnel quelque éphémère et partiel rejeton de la révolution, mais bien parce qu’il a modifié de manière irréversible l’ensemble des codes qui régissent les relations sociales.

Un tournant planétaire

Ce chapitre aurait pu s’ouvrir par une vaste fresque, retraçant l’explosion des luttes au niveau planétaire: Berkeley, Tokyo, Londres, Berlin, Paris, Prague, Varsovie; et aussi, à une autre échelle, mais participant du même processus, « les veines ouvertes de l’Amérique latine» et la Grande Mère Afrique. Mais un livre entier, aussi ­synthétique soit-il, ne suffirait pas à embrasser l’ensemble de ces dynamiques. Les années 1980 n’ont pas seulement été une ère de grande restauration: l’« esprit du temps » a véritablement été imprégné par les trois figures de l’opportunisme, du cynisme et de la peur. Prises dans cette triple tension, des intelligences se sont brisées, des carrières se sont décidées, des consciences se sont corrompues, et des pouvoirs reconstitués. Paradoxalement, la décennie se conclut par les célébrations de trois événements historiques: le tricentenaire de la Constitution anglaise et les bicentenaires des ­Révolutions américaine et française.